On a longtemps réduit l'infrastructure cyclable à une simple question de génie civil : tracer des lignes, couler du bitume, séparer les flux. Mais Jezus-Eik, à la lisière de la Forêt de Soignes et aux portes de Bruxelles, nous apprend une leçon d'urbanisme essentielle : une piste cyclable sans services est une infrastructure morte. C'est un itinéraire, pas une solution.
Le muscle et le squelette : la dualité de la mobilité
Pour comprendre pourquoi le report modal stagne parfois malgré les investissements publics, il faut regarder la structure d'un réseau de transport. L'infrastructure, c'est le squelette. Le service, c'est le muscle. Le squelette (les pistes cyclables F204 ou le futur Ring cyclable) donne la direction et la solidité. Mais sans le muscle - c'est-à-dire l'assistance technique, l'entretien de proximité et la réassurance logistique - le corps ne bouge pas. Un cycliste qui craint la panne à mi-chemin de son trajet Schuman-Overijse est un cycliste qui, par prudence, finira par reprendre sa voiture. Le service est l'énergie qui rend l'infrastructure réellement utilisable au quotidien.
Le concept du "Node" de Mobilité Actif
En urbanisme, Jezus-Eik est ce qu'on appelle un nœud d'intermodalité. Historiquement, c'était un lieu où l'on subissait les bouchons. Aujourd'hui, nous avons l'opportunité d'en faire un Hub de Mobilité Actif.
L'installation de Bike Square à cet endroit précis n'est pas un hasard géographique, c'est une réponse à la "barrière psychologique" du navetteur. En proposant un atelier "Open Source" (capable de réparer toutes les marques de vélos, même ceux achetés ailleurs), nous injectons de la fiabilité dans le trajet. Nous transformons une zone de transit en une zone de support.
L’expertise comme infrastructure servicielle
L'infrastructure moderne du 21ème siècle est servicielle. Elle ne se mesure pas seulement en kilomètres de pistes, mais en disponibilité de techniciens qualifiés.
- La complexité technique : Le passage massif aux speed pedelecs (45 km/h) et aux vélos cargos motorisés exige une maintenance proche de celle d'une moto.
- La continuité de service : Un hub où l'on peut déposer son vélo pour un réglage de freins ou une mise à jour logicielle avant de s'attaquer à la dernière ligne droite vers Bruxelles est le chaînon manquant pour les familles qui souhaitent se séparer de leur deuxième voiture.
Conclusion : La confiance comme moteur
Pour que la transition de mobilité soit un succès, nous devons arrêter de construire des routes et commencer à construire de la confiance. Jezus-Eik devient ainsi le prototype de la "station-service décarbonée" : un lieu où l'expertise technique vient soutenir l'effort public.
Car au final, si le bitume trace la voie, c'est le service qui donne au cycliste la force d'avancer sereinement.